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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 13:43

800px-Androsace_alpina.jpg 

"Ecrire est un acte d'amour",

disait Jean Cocteau.

 

Et sur cette page rouge le coeur

de la poésie bouge toujours.

 

Renée Bertrand, grande dame

des lettres en Savoie, vient de tendre

sa belle âme à l'au-delà.

 

Nous nous souviendrons

de son regard qui apportait

tant de lumière à Terre-Noire :

 

 

Au Petit Saint-Bernard, pousse une soldanelle

Si mauve et si bleutée en son jupon frangé,

Que le merle de roche en la voyant si belle

L'espace d'un instant, sur elle a voltigé.

 

Au Petit Saint-Bernard, fleurit une androsace

Si blanche et si fragile en ses reflets rosés,

Que le torrent sonore aux aiguilles de glace

L'auréole d'écume et d'éclats irisés.

 

Au Petit Saint-Bernard, dans la combe polaire

Où la neige est rouilée en ce froid jour d'été,

Les marmottons joueurs naissent à la lumière

Et s'ennivrent d'azur, d'air vif et de beauté.

 

Un peu plus haut, pourtant, change le paysage;

Tout devient fort sévère au long des grands pierriers;

Le glacier du Ruitor, en un cirque sauvage

Blafard et miroitant, domine les sentiers.

 

En ce rude décor, au lieu-dit Terre-Noire,

De jeunes résistants tombèrent, mitraillés,

Et peut s'enfuir le jour, et peut tourner l'Histoire

Jamais je n'oublierai les copains fusillés.

 

Androsace du vent, blanche comme colombe,

Evoque encore pour nous l'affreuse adversité

De ce gars de seize ans, qui dut creuser sa tombe

Avant de basculer dans son éternité.

 

Sa jeunesse est ennous, les Partisans rebelles

Dont le coeur bat toujours au cri de "Liberté!".

Si nos cheveux sont blancs, nous demeurons fidèles

Au grave rendez-vous de la fraternité.

 

Vers la fin de juillet, par dessus la frontière,

Valdôtains et Français de la si longue nuit

Retrouvent en commun la lande familière

Et l'emplissent de chants, de drapeaux et de bruit.

 

Soldanelle de paix, quand nous serons en terre,

Indifférents à tout jusqu'à la fin des temps,

Raconte Terre-Noire au passant solitaire

Et l'atroce trépas de jeunes combattants.

 

Dis lui... Dis lui surtout que pour la Bête immonde

Il ne peut exister ni pardon, ni pitié;

Que l'homme doit veiller pour que, de par le monde,

Le fascisme maudit soit chaque fois châtié.

 

Renée Bertrand, cité dans Les Cahiers du Ru, n° 26/hiver 1995/96.

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Published by PASCALOUP DE SAVOIE - dans Talent Ecriture
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